Après une longue attente de plusieurs mois, la rentrée au Centre d'Etude des Sciences et Techniques de l'Information (Cesti) a eu lieu. Et pour la première fois, "Un Pygmée" du Sud Cameroun fait partie de l'effectif des étudiants.
Mercredi 22 octobre 2014. Encore bercé par le vent produit par mon ventilateur, le bruit assourdissant d'un réveil vient m'arracher aux bras de Morphée, qui, sans avoir à payer un quelconque droit de passage, me transportait sur son doux nuage. Il est 4 h 30 du matin. Je dois me préparer afin d'être à l'heure au campus afin de débuter une rentrée tant attendue, et ce durant 8 mois, date de mon arrivée sur le sol sénégalais. M'activant afin d'achever mes tâches du matin et faire ma toilette ( le temps s'écoulant à une vitesse petit V à Dakar) , je m'empresse de regagner l'arrêt bus (les "Tata" comme l'on les appelle communément ici). Sur le chemin, je n'oublie pas de programmer ma playlist sur mon lecteur-baladeur numérique. Il faut dire qu'en bon africain, la musique rythme mes journées.
Près d'une quinzaine de minute après mon arrivée au stationnement, mon "Tata" numéroté du chiffre 3 apparaît et je fonce pour m'y engouffrer. Après le "nangadef" d'usage, je communique rapidement ma destination au guichetier. Et la prononciation du mot" Université" comme destination me plonge quelques secondes plus tard dans un flash-back que seules les scénaristes d' Hollywood ont le secret. 21 mars 2014, Yaoundé, capitale politique du Cameroun. Je sors de l'ambassade du Sénégal muni de mon passeport dont l'une des pages vient d'être remplie par un visa biométrique alors nouvelle technologique qu'accorde le gouvernement de le République du Sénégal. Le ciel devenant de plus en noir, en présage d'une pluie prochaine, je fonce à l'agence de voyage afin d'emprunter le car qui me mènera à Douala, capitale politique, lieu d'emprunt de l'avion "Senegal airlines" qui m'amènera à la Teranga. Après un bref "adieu" à mes parents, j'arrive quelques heures après à l'aéroport internationale du chef -lieu de la région du Littoral. A la douane, alors questionné par les policiers sur le motif de mon voyage, je leur répond que je dois être en urgence à Dakar afin de déposer au Cesti, prestigieuse école de journalisme en Afrique noire francophone, mon dossier de concours. Il faut dire que la date limite du dépôt des dossiers ayant été fixée par l'administration au 22 mars. Je dois être Cestien, l'ai-je clamé de nouveau à cette policière qui, fixant mon regard, me souhaita une bonne chance et un bon voyage. Le vol ayant connu un retard, j'arrivai à l'aéroport Léopold Sédar Senghor aux premières heures de l'aube. Sans pouvoir me reposer, j'empruntais aux premiers rayons de soleil un taxi qui me déposa à ce lieu que je voyais juste sur internet, le Cesti. Soudainement, mes pensées furent rompues par une musique d'enfance propre au pays dans lequel je me trouvais: Dibi dibi rekk.
Bercé par cette chanson du célèbre Ismaélo, et peu après, par le kora de Noumoucounda Cissoko, je descendais du bus qui s'était arrêté à ma demande à un stationnement situé à quelques endroits de l'école. Tout en empruntant la route menant à mon objectif, je fus une fois de plus plongé dans un souvenir de ces journées de guerre auxquelles j'ai assisté durant mon examen d'entrée. Ces scènes de batailles entre étudiants et policiers, les uns lançant des pierres à l'aide de fronde et les autres tirant des balles lacrymogènes, suscitèrent en moi des questionnements quant à savoir si c'est dans cette atmosphère de No man's land dans laquelle j'aurai à évoluer? Moi, alors habitué à des campus universitaires calme et paisible, fut à deux doigts de vomir ce rappeur qui à travers ces paroles, me vanta "Ses rêves" d'une terre de paix et d'asile. Le fait de voir des étudiants, fer de lance de ce merveilleux continent qu'est l'Afrique, brûler et casser ainsi les choses de la Res publica, aura failli, une soirée de fortes émeutes, m'amener à abandonner "mon rêve" à moi que celui d'être Cestien. Mais je tins bon grâce aux conseils de ma famille et autres amis de la communauté Camerounaise alors vivant à Dakar depuis des lustres. Et aujourd'hui je suis là, je vais à cette rentrée du Cesti.
9 h 20. Le corps administratif prend la parole et lorsque que l'on me tend le micro afin de me présenter, les gens n'ont même pas idée du fait qu’intérieurement, je sois entrain de savourer ce moment, Oui je suis Cestien, je me crie. Ouf, j'y suis! Malgré ma mauvaise main d'écriture durant le concours, j'y suis! Malgré cette longue attente au cours de laquelle, afin de noyer mon ennui, je décidai d'apprendre les us et coutumes de Dakar, et dont le résultat fut la connaissance de certains quartiers (Patte d'oie, Médina, Ngor, Alamadies, Fann, Fass, Grand Yoff, Yoff, etc.), ou encore de certains plats du pays (Tiemboudienne, mâfé, yassa, domodar,), ou encore de certains mots (khaliss, sokhna, dédèt, nangadef, magnifi, djadjef, nice, etc), j'y suis! Et à la sortie de cette cérémonie de rentrée, la chanson de Serigne M'Baye Gueye, Sant yalla, vient décupler cette joie et cette mini victoire de faire partie de cette école. Bien que sachant que je ne suis qu'à une étape de ce long périple, je m'écrie tout de même: Ouf, j'y suis!
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire